Dans le Tarot, on associe l'arcane de L'Étoile au signe zodiacal du Verseau, un signe représenté traditionnellement par un homme versant une jarre d'eau sur le monde.
Il s'agit de Ganymède, l'échanson des dieux de l'Olympe choisi par Zeus, qui le placera dans le ciel sous forme de constellation.
Le mot zodiaque, avec zoo dedans, figure la prévalence des animaux parmi les 12 signes, excepté les Gémeaux, la Vierge, la Balance (seul objet du zodiaque), le Sagittaire (centaure, être hybride), et le Verseau. Ce dernier nous parle plus que tout autre de notre humanité.
Le Verseau verse sur le monde l'eau céleste de la connaissance et de l'esprit. Ganymède et Hébé versaient l'ambroisie et le nectar des dieux, pourvoyeuses d'immortalité et de jeunesse éternelle (non sans rappeler la quête philosophique).
Le Verseau est aussi associé au mythe prométhéen, en rapport avec la planète Uranus qui en a la maîtrise (aux côtés de Saturne, 7e et dernier astre des ancien.ne.s, avant la découverte d'Uranus).
Zeus chargea les Titans, Prométhée et son frère Épiméthée, de créer les êtres vivants sur Terre. Épiméthée créa les animaux, plus puissants les uns que les autres, en utilisant les facultés (instinct de survie, rapidité...) et les ressources (cornes, griffes, mâchoires...) que Zeus avaient mises à leur disposition. Prométhée n'eut d'autre choix que de façonner l'homme avec de l'argile, le laissant nu et vulnérable. Il décida alors de désobéir à Zeus et vola des attributs divins, à Héphaïstos *le feu et à Athéna *les arts, pour en faire don aux hommes afin qu'ils puissent survivre. Il fut condamné par Zeus dans un célèbre châtiment.
L'eau versée dans la symbolique du Verseau est reliée à l'intelligence offerte par Prométhée, par sa rébellion.
Mais le Verseau est encore associé à la déesse Elpis, la déesse de l'Espoir.
Elpis est la fille de Nyx, déesse de la Nuit, et la mère de Pheme, déesse de la réputation, de la renommée, de la rumeur, thématiques que l'on peut associer aussi à la carte de L'Étoile, qui personnifie couramment l'Espoir.
On peut y voir l'attente du Jour, du Soleil, au cœur de la Nuit, à travers les Étoiles. Le Soleil y est préfiguré, quelque part il est toujours là, il ne meurt pas.
L'Espoir est aussi abordé, dans l'Antiquité, dans le sens de l'attente négative, illusoire.
Dans "Les Travaux et les Jours" d'Hésiode, Elpis est-elle associée aux maux ? Pandore laisse s'échapper tous les maux de la jarre d'où ils étaient enfermés. Seule Elpis, l'Espoir, reste au fond, la jarre ayant été refermée sur ordre de Zeus.
(Après la Mort, la Destruction, l'Effondrement, demeure l'Espoir).
Dans "Prométhée Enchaîné" d'Eschyle, Prométhée déclare :
"J'ai guéri les hommes d'être hantés par la prévision de leur mort (...). J'ai logé en eux des espérances qui les aveuglent.".
Selon Jean-Pierre Vernant, Elpis n'est ni bonne ni mauvaise, elle est ambiguë (comme les deux jarres et l'ambidextrie de la femme de L'Étoile) :
"Pour qui est immortel, comme les dieux, nul besoin d'Elpis. Pas d'Elpis non plus pour qui, comme les bêtes, ignore qu'il est mortel. Si l'homme, mortel comme les bêtes, prévoyait comme les dieux tout le futur à l'avance, s'il était tout entier du côté de Prométhée, il n'aurait plus la force de vivre, faute de pouvoir regarder sa propre mort en face [ce qui fut le châtiment de Prométhée]. Mais se connaissant mortel sans savoir quand ni comment il mourra, Elpis, prévision, mais prévision aveugle, illusion nécessaire, bien et mal à la fois, Elpis seule permet de vivre cette existence ambigüe, dédoublée, qu'entraîne la fraude prométhéenne (...) plus d'existence humaine sans la double Elpis, attente ambigüe, crainte et espoir à la fois".
Sophocle présente l'oracle, la voix prophétique, comme la "fille de l'Espérance d'or".
Elpis était représentée sous les traits d'une jeune femme portant généralement des fleurs ou une corne d'abondance.
Motif des fleurs que l'on retrouve également avec Koré = "la jeune fille", fille de Déméter, enlevée par Hadès et devenue Perséphone.
Chez les Romains, Elpis devient Spes, signifiant Espérance en Latin. C'était une des personnifications divines du culte impérial des Vertus. Dans ce cadre, Espérance est associée à la capacité de l'Empereur d'assurer des conditions bénies.
Représentée sous l'aspect d'une jeune femme avec des fleurs, une ancre lui a été associée tardivement.
Elle rejoint ainsi Sella Maris, l'ancre des marins associée à la Vierge céleste, l'ancre qu'ils emmènent partout, l'Étoile du Nord qui les guide.
Espérance deviendra une des vertus théologales chrétiennes, au côté de Foi et Charité. Puis s'ajouteront aux 3 vertus théologales, au Moyen Âge, les 4 vertus cardinales : Prudence, Tempérance, Force (d'âme) et Justice, que l'on retrouve en partie dans le Tarot, qui contient un système de 7, nombre de l'intelligence sacrée (L'Étoile est le numéro XVII dans le Tarot de Marseille).
Cette vertu de l'Espérance a pu être traduite par l'espérance de la vie éternelle après la mort (dans l'approche de négation du vivant qui a pu prédominé dans la religion officielle chrétienne). Or, la filiation prométhéenne nous enseigne que c'est un don qui fait constamment irruption dans notre vie présente pour nous sauver de nous-même.
La carte de L'Étoile pourrait représenter la jeune femme Elpis / Spes : une constante, un ancrage, une source éternelle, un goût d'absolu, face aux aléas de l'existence limitée par la mort.
(Elle pourrait aussi représenter Eos, l'Aurore, l'aube, le nouveau jour toujours menacé, la renaissance, mais c'est une autre histoire que je raconterai peut-être une autre fois. Toutes ces jeunes filles prennent leur source dans des représentations cosmogoniques indo-européennes, que l'on retrouve dans les contes et les mythes païens).
La jeune femme de l'Étoile serait un goût remémoré du nectar des dieux offrant immortalité et jeunesse éternelle, faisant intrusion dans cette condition humaine présente de nudité et de vulnérabilité. Elle donnerait aux êtres humains terrestres, incarnés, la force de leur rébellion contre leur enchaînement.